Retour sur le parcours de Julien Angénieux, étudiant en BUT Informatique à l’IUT Clermont Auvergne, site du Puy-en-Velay.
Pour sa dernière année de BUT, Julien Angénieux a effectué une alternance de dix mois, du 28 octobre 2024 au 29 août 2025, en tant que développeur IHM (interface homme-machine) chez QiOVA, à Andrézieux-Bouthéon. Son rapport raconte une mission ambitieuse : redonner un nouveau visage à un logiciel industriel de pointe.
QiOVA : le laser multifaisceaux
QiOVA est née en 2011 d’un laboratoire de l’université de Saint-Étienne. L’entreprise conçoit des solutions de marquage et de micro-usinage par laser, avec une technologie phare : diviser un faisceau laser unique en une multitude de petits faisceaux. Il devient alors possible de graver une forme complète en un seul tir, là où les méthodes classiques demandent de multiples passages. Le gain de temps est considérable pour les industriels. Dans un marché estimé à 3,91 milliards de dollars en 2024 et en croissance, l’innovation est un enjeu permanent.
QiOVA fonctionne en holacratie : pas de pyramide hiérarchique, mais des équipes autonomes appelées « cercles ». Une organisation qui laisse de la place à l’initiative, comme la suite va le montrer.

Organigramme "Who's who ?" de QiOVA
La mission : moderniser BeamForge
BeamForge est le logiciel qui pilote cette technologie : il génère les cartes de phase qui permettent de former le motif voulu sur la surface à marquer. Avec les années, son interface était devenue difficile à maintenir et à faire évoluer. Elle n’était pas adaptée au redimensionnement des fenêtres (impossible de l’utiliser en demi-écran, alors que les opérateurs jonglent entre plusieurs logiciels), son style paraissait daté, et elle laissait peu de place à l’accessibilité.
Julien a conduit la refonte de cette interface, de l’analyse de l’existant jusqu’à la livraison, en conservant le moteur de calcul optique d’origine.
Un projet en quatre temps
1. Comprendre l’existant. Avant de reconstruire, il a fallu décortiquer le fonctionnement de l’ancienne version et en identifier les points faibles : maintenance lourde, absence de rechargement à chaud pendant le développement, outillage vieillissant.
2. Choisir la bonne technologie. Une veille technologique a comparé trois frameworks majeurs : Qt, Flutter et React Native. Les critères : performances, coût, portabilité (Windows en priorité, Linux à terme, Android pour un éventuel contrôle à tablette) et facilité de maintenance. Flutter l’a emporté grâce à ses performances, sa portabilité complète et sa communauté active.
3. Concevoir un nouveau design. Une charte graphique et des prototypes ont été créés autour de quatre principes : accessibilité, modernité, personnalisation et simplicité. Les angles droits laissent place à des formes arrondies, la palette de couleurs est limitée à l’essentiel (plus un rouge est saturé, plus l’action est importante), et trois thèmes sont proposés : clair, sombre et haut contraste, ce dernier s’appuyant sur la palette du système de design de l’État français.

Extrait de la nouvelle charte graphique
4. Développer, étape par étape. Comme des doutes subsistaient sur la capacité de Flutter à produire un logiciel Windows de cette envergure, le développement a été découpé en grandes étapes pour tester le framework progressivement : une interface redimensionnable qui s’adapte à toutes les tailles d’écran, la traduction en temps réel (français/anglais) et les thèmes, une bibliothèque de composants réutilisables, la gestion des motifs à marquer, puis la connexion avec le moteur de BeamForge. Une dernière phase de remise à plat a donné une architecture claire et évolutive, qui sépare désormais l’interface du moteur de calcul : chaque couche peut évoluer sans impacter l’autre.
Le résultat
La nouvelle interface reprend la disposition de l’ancienne, pour ne pas désorienter les utilisateurs, mais en améliore le style, la fonctionnalité et l’accessibilité. Elle apporte aussi de vraies nouveautés :
un mode réduit intelligent qui permet de l’utiliser sur des écrans de toutes tailles ;
un thème haut contraste pour les personnes qui ont des difficultés avec le contraste ;
des infobulles sur les éléments interactifs, pour lever toute ambiguïté quand une icône n’est pas claire ;
un espace comptes où chaque client gère lui-même ses utilisateurs, leurs rôles et leurs permissions, alors qu’auparavant les comptes étaient générés et fixés par QiOVA.
Trois outils créés en parallèle
Au-delà de sa mission principale, Julien a pris des initiatives qui montrent son autonomie :
BeamForge Tracker, un outil de suivi qui remonte les performances, les journaux d’activité, les retours utilisateurs et les caractéristiques des postes. Il permet d’identifier des problèmes et d’assurer le support à distance, sans intervention sur le terrain.
QiOVA Markdown Editor, un éditeur pour la documentation technique, qui propose trois zones synchronisées : le texte brut, un éditeur visuel par glisser-déposer et un aperçu en temps réel. Il rend la rédaction technique accessible même à ceux qui ne maîtrisent pas la syntaxe Markdown.
Un plugin WordPress pour le site de l’entreprise, qui présente les cas d’application des solutions laser. Les équipes non techniques peuvent le mettre à jour facilement, en plusieurs langues.
Ce que Julien en retient
Julien évoque avec honnêteté un regret : le logiciel n’a pas pu être mis à disposition du laboratoire pendant son alternance, et il aurait aimé recueillir le retour de ces premiers utilisateurs. Il identifie aussi des pistes pour la suite : une interface davantage repensée autour des possibilités de Flutter, avec animations et micro-interactions.
Côté compétences, l’expérience lui a permis d’approfondir Flutter, le C++ et Qt, de découvrir le développement d’API avec Node.js et MongoDB, et de comprendre l’intégration de bibliothèques natives sous Windows. Il en retire aussi des acquis plus larges : savoir présenter clairement ses idées, prendre en compte les contraintes de chacun et appréhender un projet dans toutes ses dimensions, techniques, organisationnelles et humaines.
Ces compétences nourriront son projet professionnel : acquérir d’abord des expériences complémentaires en entreprise, avant de s’investir à plein temps dans sa propre structure, Furrball Development.
Remerciements
Julien remercie notamment son tuteur Gabriel Rouchouse, ingénieur logiciel chez QiOVA, l’équipe de direction pour sa confiance, ainsi que son professeur référent Pierre-Yves Bischoff et l’ensemble du département informatique de l’IUT du Puy-en-Velay.
Cet article est tiré du rapport d’alternance de Julien Angénieux (année universitaire 2024-2025), BUT Informatique, orientation Informatique Graphique, IUT Clermont Auvergne, site du Puy-en-Velay.
